Interventions de David Navarro au conseil communautaire du 10 février

Interventions de David Navarro au conseil communautaire du 10 février 1

Point 21 : Mise à disposition de locaux au profit du Centre National de la Fonction Publique Territoriale (CNFPT) - Centre Colbert à Châteauroux

Concernant la fixation du montant des baux commerciaux, vous semblez magner le « deux poids deux mesures ».

Ainsi, pour le CNFPT vous mettez à disposition, un local d’activités d’environ 398 . Le bail que vous avez fixé se monte à 51 740 € HT, soit 130 € HT/m²/an , montant qui semblait réjouir vos représentants en commission.

Par ailleurs, pour le bâtiment Varaigne destiné à la restauration gastronomique et à l’hébergement de luxe, pour une surface de 731 m², vous fixez un loyer de 45 000€ par an, soit environ 61 euros Euros /m²/ an, c’est-à-dire un tarif très nettement inférieur aux valeurs constatées sur le marché et plus de 2 fois moins cher que celui pratiqué vis à vis du CNFPT.

Pour rappel, si nous en croyons la page de présentation du site du CNFPT, celui-ci œuvre « au quotidien pour le bien public et [pour] permettre à tous les agents territoriaux, (…), de développer leurs compétences pour réussir les différentes étapes de leur vie professionnelle ». Travailler au CNFPT, c’est évoluer dans un environnement qui « place l’humain au cœur de ses préoccupations ».

Le restaurant logé dans la maison Varaigne va, lui, œuvrer à satisfaire les besoins d‘une clientèle plutôt aisée, qui sera seule en capacité d’y accéder.

Ce deux poids deux mesures en matière de tarifs de location démontre que vous pouvez pratiquer des tarifs anormalement bas pour mieux soutenir des profits privés tout en faisant payer cher des organismes publics, contribuant ainsi à l’augmentation des dépenses publiques,… que vous prétendez par ailleurs sans cesse vouloir réduire. Pour vous, en fait, il vaut mieux prendre plus au public que de demander une juste contribution au privé !

Point 41 Engagement de la procédure élaboration du 5ème Programme Local de l’Habitat (PLH)

Pour rappel, le PLH définit les objectifs et les principes d’une politique locale de l’habitat visant d’abord à répondre aux besoins en logements et en hébergements.

Or, le bilan du PLH en cours, c’est que les besoins en logement de nombreux habitants semblent loin d’être satisfaits ; ainsi, dans un article de la Nouvelle République du 10 octobre 2025 on peut lire «À Châteauroux, comme dans les autres cités du département, l’offre locative reste (trop) restreinte pour satisfaire la demande. Les candidats à la location doivent s’armer de patience.»

Et vous-même M. Le Président, vous déclariez dans un article de la NR36 du 26 janvier 2024 : «Si ça continue, on risque d’avoir du mal à loger les Castelroussins.»

Comment expliquer cette difficulté à trouver des logements à louer à Châteauroux depuis quelques années maintenant ?

Une première explication de cette tension locative est avancée par les professionnels du secteur : c’est la multiplication des locations touristiques type Airbnb. Véronique Chauveau, de Human location, déclare dans l’article déjà cité du 10 octobre 2025 :« Les gens achètent pour essentiellement faire du Airbnb, c’est vraiment ce qui nous freine ».

– Mais ce qui est beaucoup moins souvent relevé et qui a pourtant joué un rôle décisif c’est votre décision de reconstruire nettement moins de logements sociaux que ceux que vous démolissez. Et cela était une décision stratégique inscrite dans le PLH voté par le Conseil Communautaire en 2021. Pour rappel également, cette même assemblée adoptait au surplus en mars 2023 une délibération demandant l’exemption des communes soumises à la loi SRU, imposant 20 % de logements sociaux.

Dans le bilan à mi-parcours du PLH rédigé récemment par « Châteauroux-Métropole », il est clairement noté page 31, un recul de l’offre de logements à loyers modérés proposée à la location. Recul que nous avons déjà relevé dans le Contrat de ville 2024-2030. Le document indique, pour mémoire, la démolition de 822 logements sociaux prévue par Scalis à St-Jean et la démolition de 100 à Vaugirard, auxquelles il faut ajouter 136 autres par l’OPAC à Beaulieu. C’est ainsi plus de 1050 logements qui seront démolis alors que quelques centaines seulement seraient construits semble-t-il.

Résultat de cette politique, en février 2024, les demandes de logements sociaux n’ont jamais été aussi élevées dans l’agglomération de Châteauroux, alors même que la population ne cesse de décroître.

Plus de 2.000 dossiers de demandes sont en cours dans la Métropole de Châteauroux, pour 8.800 logements et seulement 70 vacants. C’est cinq fois moins de logements disponibles qu’il y a 10 ans, selon les chiffres de l’observatoire du logement social du département de l’Indre. Par conséquent, les attributions diminuent.

Faut-il rappeler que Châteauroux est la ville de l’Indre la plus impactée par la pauvreté avec 8.912 personnes pauvres d’après les chiffres du rapport 2022-2023 de l’Observatoire de la pauvreté ?

Mais en réalité, le manque de logements sociaux est loin de n’affecter que des personnes considérées comme pauvres, nombre de salarié.es ou de retraité.es aux revenus modestes sont du coup obligé.es de se tourner vers des bailleurs privés. On dit en termes technocratiques qu’ainsi le marché locatif se « retend » et… c’était bien un des objectifs fixé cyniquement par le PLH en cours !

Ludovic Dagois, président de la Fnaim Centre dans l’article de la NR cité précédemment constatait lui-même : « La tension sur le marché locatif est gigantesque.»

Cette tension favorise les bailleurs privés et entraîne une hausse des loyers. Ce que rappelle le même Ludovic Dagois, cette fois dans un article de la NR du 26 janvier 2024 évoquant l’année 2023 : «Les loyers ont augmenté de 7 % en un an. L’une des plus grosses augmentations en France où la moyenne est de + 2,5 %.» Augmentation confirmée par l’ADIL qui indique sur son site que «Les loyers de 2024 sont 3,5% plus chers que ceux de 2023, ainsi une maison est louée 750 € à un locataire arrivé en 2023 alors qu’en 2017 le loyer était de 703€. »

Pour finir, ce n’est pas l’envol récent des taux d’intérêts immobiliers atteignant en moyenne 3,73 % début 2026, qui va faciliter l’accès à la propriété individuelle. Ainsi celles et ceux qui ont besoin d’un logement sont pris dans un étau entre d’un côté la réduction drastique du nombre de logements sociaux pour les plus modestes et de l’autre, la difficulté d’accession à la propriété pour les revenus intermédiaires… et la « loi de l’offre et de la demande » permet ainsi d’exiger des loyers toujours plus chers aux nouveaux locataires de toutes conditions

Comment faire face à ces tensions M. le président ?

Il faudrait vraiment plus d’« audace d’agir » que ce dont vous avez fait preuve jusqu’ici, avec une politique beaucoup plus volontariste de construction ou de rénovation, mais aussi de régulation !

Vous avez proposé pour gérer la tension locative dans les logements sociaux de « noter » plus ou moins favorablement chaque demande de logement social. Cette mesure créera une compétition entre candidats mais surtout cela ne créera aucun nouveau logement et ne fera donc que gérer la pénurie.

Il faudrait d’abord oser la régulation ! Longtemps portée par la gauche, la régulation a finalement même convaincu des élu·es de droite, comme Christian Estrosi à Nice, qui n’est pourtant pas une référence pour nous mais qui, lui, ose au moins annoncer dans sa campagne qu’il réduira l’offre d’Airbnb de 50 %.

Mais cela reste encore insuffisant, il faudrait surtout oser changer de logiciel, sortir des préjugés ultra-libéraux disqualifiant le logement social d’abord pour assurer le respect du droit à un logement décent à un prix abordable pour tous et toutes mais aussi pour retenir nos concitoyens dans notre agglomération ou dans notre département, voire en attirer de nouveaux.

Point 45 Agence d'attractivité de l'Indre (A2I) - Subvention 2026

« L’attractivité du département commence vraiment à être mise en cause » tel est le terrible constat que fait le maire du Blanc dans un article de la Nouvelle République du 19 décembre 2025. Dans le même article, il est rappelé que selon l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee), entre 2017et 2023, le département a perdu 6.163 habitants. (Publiés jeudi 18 décembre 2025, les chiffres du recensement établissent la population de l’Indre à 216.069 habitants en 2023.) Le département de l’Indre est malheureusement le 4ème département de France métropolitaine à perdre le plus d’habitants, avec près de 70 % des communes voyant leur population baisser. Et comme vous le savez notre agglomération participe aussi de ce recul démographique : dans le même article de la NR il était précisé que Châteauroux Métropole ne réunit plus que « 72.369 habitants, chiffre en baisse constante depuis 2012 ».

Notre intervention n’a pas pour objectif de créer une querelle picrocholine, mais de regretter l’impasse créée par la vaine recherche de l’attractivité comme seul objectif dans un contexte d’une concurrence exacerbée entre départements et régions créée par le libéralisme économique que vous chérissez tant.

L’attractivité se concentre en effet seulement sur la capacité d’un territoire à attirer des activités et du capital productif, souvent mesurée par des indicateurs économiques tels que les investissements directs et les emplois créés. Hélas, en 2025, le chiffre d’affaires global de l’économie départementale affiche une baisse de 6 % en un an, et en 2024 le département a perdu 600 emplois.

Dans le cadre de cette concurrence, notre collectivité comme tant d’autres s’engage dans un moins-disant économique coûteux et vain, comme la vente à bas prix de terrains sur le site d’Ozans ou sur les investissements de prestige, à l’image de la maison Varaigne et de son restaurant de luxe.

Dans ce contexte morose, l’agence d’attractivité de l’Indre, créée en 2019, ne semble pas avoir obtenu un grand succès. La dernière initiative de l’agence « Indre, premier producteur de bananes » prétend chercher à encourager les habitants à exprimer leur attachement à leur territoire ; cela se veut sans doute très original mais le coût de 50 000 euros est tout de même très élevé pour un résultat plus qu’incertain.

Nous souhaitons, nous, que le territoire dans lequel nous vivons soit un territoire qui d’abord offre à ses habitant·es les capacités de s’épanouir sans avoir à le quitter et sur lequel il est possible, de manière individuelle et collective, de se réaliser. C’est parce qu’un territoire est animé, qu’il donne envie à des personnes de venir s’y installer et d’y vivre en ayant des activités. C’est pourquoi nous pensons que travailler sur l’attractivité n’est pas suffisant, il faut selon nous travailler aussi sur l’habitabilité.

L’habitabilité se concentre sur la capacité d’un espace à être vivable et à offrir un cadre de vie satisfaisant pour ses habitants, en tenant compte de divers facteurs tels que l’environnement, l’urbanisme, les services, la culture, le patrimoine et l’hospitalité.

L’habitabilité s’inscrit pleinement dans les propositions que Châteauroux demain met en avant depuis le début du mandat. Il s’agit d’assurer aux habitants des conditions de vie optimales avec par exemple des logements en nombre suffisant, décents et abordables pour tous, une eau de qualité, un respect de la démocratie locale, etc.

La dernière campagne de l’Agence d’attractivité de l’Indre prétend chercher à développer la fierté de vivre dans le département. Cet objectif passe par exemple par la mise en valeur du patrimoine local. Or vous avez ou, nous avons raté, l’occasion de créer un éco musée sur le site des anciennes usines Balsan comme cela a été le cas au Creusot pour les anciennes usines Schneider.

Vous avez fait le choix coûteux d’un parcours napoléonien, au point de vue historique partial et très éloigné de l’identité indrienne.

Attention aux démarches de marketing territorial : tout n’est pas marchandise ou objet à vendre.