Voeu sur la filière de recyclage des déchets textiles

Voeu sur la filière de recyclage des déchets textiles 1

Nous profitons du dossier sur la subvention à AGIR pour proposer un vœu pour agir contre le système de surproduction textile et ses effets néfastes.

La filière de recyclage des déchets textiles est à bout de souffle face aux quantités de produits mises sur le marché.

Le phénomène est inquiétant. Entre 2010 et 2023, les vêtements mis sur le marché en France sont passés de 2,3 milliards à 3,2 milliards ; plus de 48 vêtements par habitant sont vendus chaque année en France et 35 sont jetés chaque seconde dans le pays, selon l’Ademe, l’agence de l’environnement. L’essor des marques de fast-fashion coïncide avec une explosion des volumes de vêtements jetés chaque année, souvent de trop mauvaise qualité pour être réemployés. La part de textiles encore en bon état est ainsi passée de 64 % à 55 % en moins de 10 ans, augmentant la part de pièces destinées au « recyclage » ou à l’incinération, au détriment du réemploi solidaire.

Ce phénomène, représentant près de 10 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre, a des effets sur l’environnement mais aussi sur l’emploi :

Ainsi, 70 % des vêtements vendus en France sont fabriqués en Asie du Sud-Est où les travailleuses et travailleurs sont exploités afin de répondre aux cadences de production infernales, pour des salaires largement en-deçà d’un revenu vital.

Ce modèle contribue au déclin structurel du secteur de l’habillement et du textile français, qui a perdu près de 10 000 emplois en un an et plus de 300 000 depuis les années 1990. L’industrie textile de notre département en a été une des victimes. 

Depuis plusieurs mois, les opérateurs de collecte, de tri, de réemploi et de recyclage des textiles usagés, notamment les acteurs de l’économie sociale et solidaire (comme Le Relais, Emmaüs ou La croix rouge, mais aussi AGIR à Châteauroux), font face à une saturation des stocks, qu’ils ne parviennent plus à écouler. Les bornes de dons textiles débordent sur la voirie ou sont parfois supprimées, laissant aux collectivités la coûteuse gestion des tonnages non collectés – qui finissent de fait, incinérés ou enfouis, sans aucune chance de seconde vie. Le ministère prévoit de façon temporaire une multiplication par huit des tonnages envoyés à l’incinération, soit 30% des tonnages collectés en 2028. Au regard des impacts sanitaires et environnementaux de l’incinération, ce choix paraît dangereux. D’autant qu’une fois les investissements faits pour incinérer de tels tonnages, il s’agira de les rentabiliser sur plusieurs décennies, créant une dépendance énergétique aux déchets en totale contradiction avec les objectifs de réduction, de réemploi et de recyclage, et rendant la mesure bien plus que temporaire.

Le phénomène décrit a aussi des conséquences délétères en Afrique.

En effet, derrière les bornes de collecte Refashion et les associations caritatives se cache une réalité bien moins vertueuse. En 2023, sur les 260 000 tonnes de textiles collectés en France, 59% ont été exportés – principalement vers l’Afrique. Pourtant, comme le révèle le rapport de l’IGEDD, « entre 10% et 40% de ces exportations finissent en décharge », faute de débouchés locaux.

Le problème ? Une inadéquation criante entre l’offre et la demande : les Africains n’ont que faire de nos t-shirts troués ou de nos pulls synthétiques déformés, produits à la chaîne par la fast fashion.

Ces montagnes de tissus, souvent invendables car de piètre qualité, s’entassent dans des décharges sauvages au Ghana, au Kenya ou au Sénégal, libérant des microplastiques et des produits chimiques toxiques dans les sols et les nappes phréatiques.

Face à ce constat accablant, des pistes émergent. Le rapport de l’IGEDD propose trois leviers principaux : renforcer les contrôles, développer le recyclage local, et l’obligation de reprise des invendus. Mais leur mise en œuvre se heurte aux lobbies de la mode et à l’inaction européenne.

Dans ce contexte donc, où le nombre de vêtements commercialisés en France atteint chaque année de nouveaux sommets, où la filière des déchets textiles connaît une crise sans précédent, avec des tonnages qui 7 s’accumulent sans pouvoir être traités annonçant un désastre environnemental et social, Châteauroux métropole s’engage :

– à poursuivre son soutien aux associations qui trient, recyclent, réparent et réutilisent les textiles au lieu de les incinérer ;

– à multiplier les campagnes de sensibilisation des populations de notre agglomération : acheter moins, mais mieux, donner intelligemment, exiger la transparence ;

– à appeler le gouvernement français et l’Union européenne à appliquer des mesures plus sévères contre la fast fashion, et à stopper les exportations de textiles de piètre qualité vers les pays tiers notamment en Afrique.

 

 

 

 

Pour mémoire :

l’éco-organisme Refashion, une société dont la gouvernance est assurée par 30 marques représentatives de la filière. Le fonctionnement de cette filière dite à “Responsabilité élargie du producteur” (REP) est défini dans un cahier des charges, fixé par arrêté ministériel. A noter que plusieurs rapports indépendants et transpartisans, émanant notamment de l’administration et du Sénat, recommandent une refonte de la gouvernance des filières REP. 

L’Inspection générale de l’environnement et du développement durable (IGEDD) conseille le Gouvernement sur la transition écologique et énergétique, l’urbanisme, le logement, les mobilités, l’eau, la biodiversité…